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Il n'y a pas de rapport sexuel,
rien qui puisse aboutir à l'union parfaite entre un homme et une femme, rien
qui puisse garantir l'unité et soustraire l'être homme ou femme à sa condition
de parlêtre qui le fait manquant et incomplet, pas de rapport sexuel qui
mènerait à la complétude.
Déjà Lacan nous introduit à ce
dire dans ...ou pire et continue dans Encore à en décliner les conséquences à
partir du pas-tout corrolaire de cette impossibilité d'écrire le
rapport sexuel.
Dans ...ou pire, Lacan nous dit : « pour accéder à l'autre sexe,
il faut payer le prix, celui de la petite différence qui passe par l'organe et
qui devient instrument en tant que c'est un signifiant ».
C'est la question de la
jouissance qui sera reprise dans la première leçon d'encore où Lacan avance que
finalement « ce que nous appelons le corps ce n'est peut-être en l'affaire
que ce reste que j'appelle l'objet a » précisant que ce qui fait tenir l'image et du coup le Un de
l'identification c'est bien ce reste, cet objet a. (page 16) : « Mais l'être c'est la jouissance
du corps comme tel, c'est-à-dire comme a - mettez le comme vous voudrez - comme
a-sexué- puisse que ce qui est dit jouissance sexuelle est dominé par
l'impossibilité d'établir comme tel,
nulle part dans l'énonçable, ce seul Un qui nous intéresse, l'Un de la
relation rapport sexuel ».
Il poursuit, « C'est ce que le discours analytique démontre
en ceci justement que pour ce qui est de l'un de ces êtres comme sexué,
l'homme, en tant qu'il est pourvu de l'organe dit phallique, (j'ai dit :
dit) [signifiant], le sexe, le sexe corporel, le sexe de la femme, (j'ai dit de
la femme, justement, il n'y en a pas, la femme n'est pas toute), le sexe de la
femme ne lui dit rien, si ce n'est par l'intermédiaire de la jouissance du
corps. »
Puis il précise « que tout
tourne autour de la jouissance phallique, c'est ce dont l'expérience analytique
témoigne, témoigne en ceci que la femme se définit d'une position que j'ai
pointé du « pas-tout » à l'endroit de la jouissance phallique. »
Lacan de conclure au fait que cette
jouissance corrélative de la castration et commandée par le surmoi vient
révéler par ailleurs l'infinitude de la jouissance de l'Autre, du corps de
l'Autre.
Dans cette première leçon, il
introduit la question mise en jeu dans son séminaire, c'est-à-dire que là où la
jouissance en tant qu'elle est sexuelle est « marquée d'un côté par ce
trou » « est-ce que de l'autre côté, nous dit-il, quelque chose ne
peut s'atteindre qui nous dirait comment ce qui jusqu'ici n'est que faille,
béance dans la jouissance, serait réalisé ? »
Il termine, suivant sa logique et
ses conséquences sur la question de l'être et de l'Un ou plutôt de l'Une. « Ces femmes
« pas-toutes » telles qu'elles s'isolent dans leur être sexué, lequel
précise-t-il ne passe pas par le corps »,
sont comme conséquence du langage, comme exigence logique : le langage
ex-iste hors corps, c'est le lieu de l'Autre, qui s'incarnant comme être sexué,
exige cet « une par une ». L'Un sort de l'Autre ; « Là où
est l'être c'est l'exigence de la finitude. ».
En conclusion de cette leçon et à
propos de l'être, Lacan pointe que l'être ne peut s'articuler qu'à tenir compte
de la formule « être sexué », en tant qu'il est intéressé par la
jouissance. La césure de la formule est impliquée ici, parler de l'être implique
la suspension de la formule qui est toujours là quand il s'agit de l'être.
Bien, voilà les rappels qui m'ont
paru nécessaire puisque cette
première leçon du séminaire fait appui à mes réflexions et à mon propos
d'aujourd'hui en résonnance avec ma pratique. C'est en effet ce qui fait, si je
puis dire, le lit de notre clinique. On rencontre parfois cette
façon particulière de faire avec le phallique, le phallus aujourd'hui, qui
n'est pas sans quelques conséquences sur la façon dont un sujet va être contraint
de « circuler », de « s'arranger » avec ces modalités de
jouissances. C'est ce que je pointerais d'une errance. Là où le phallus semble
inopérant, du fait d'une sorte de refus de se soumettre aux conséquences d'être
assujetti au langage, le sujet se maintient, est condamné à errer du côté
Autre. Dans une impossible articulation au phallus, repéré pourtant comme tel,
le sujet se trouve aux prises avec le manque dans l'Autre, (le s de grand A
barré), mais passe son temps à viser la complétude, en en appelant à l'Autre
primordial.
Si je parle d'errance c'est en
référence au fait que ce qui est promu est souvent un appel à la liberté, être
libre, refus d'une aliénation quelconque, mais qui pourtant trouve son envers
dans une solitude terrible et un désarrimage subjectif. Laissant le sujet dans
un embarras difficilement soutenable.
Au cours de nos rencontres
préparatoires à Grenoble, j'avais déjà évoqué l'année dernière un patient pour
qui sa circulation au gré des jouissances témoignait d'une tentative de
saisir et d'inscrire quelque chose de son être qui pourrait l'arrimer, tout en
se passant du phallique, tentative en tout cas d'y échapper, en allant chercher
la complétude du côté d'une jouissance Autre. Néanmoins là où il rencontrait le
manque dans l'Autre, un mouvement inverse le ramenait sous le coup de la
jouissance phallique dont l'inconfort du désir qui s'y dévoilait le poussait à
nouveau du côté Autre dans une quête sans fin du Un de son être, la complétude
de l'être qui lui apporterait une garantie identitaire. Ainsi à tenter de
l'attraper dans sa rencontre avec l'autre sexe, il bute sur la question de son
être sexué et achoppe sur la castration : là où il pourrait tomber sous le
coup du signifiant homme et mettre en route son désir, il ne rencontre que la
faille de la castration plutôt que l'Un de l'union qu'il recherche. Cela le
renvoie inlassablement à chercher ce Un dans le silence du corps et la
complétude par le truchement d'une jouissance infinie qui le dérobe à la
tension du sexuel.
C'est toujours autour de cette
question que je souhaite poursuivre mes réflexions aujourd'hui.
En effet, il n'est pas rare de
recevoir des personnes qui si elles viennent toujours parler de leur
« mal-être » présentent des tableaux symptomatologiques parfois étonnants,
du moins pour l'analyste : alternance de relations hétérosexuelles et
homosexuelles, passages par des épisodes d'anorexie-boulimie, passages par des
toxicomanies diverses et variées ou ce que l'on appelle aujourd'hui des
addictions en tout genres, mais aussi des aboulies laissant, en tout cas de
prime abord, les sujets hors champ du sexuel.
Enfin bref, du « mal à
l'être... » ... du « mal à l'être sexué... »... Du « mal à l'être
a-sexué ».
Tableaux cliniques ouvrant sur la
question des modalités de jouissance et peu, voire pas du tout dans un premier
temps du moins, sur la question du désir comme s'il s'agissait de recourir à la
jouissance pour une quête de l'être, de l'être de la complétude qui ne serait
pas concerné par le désir, un appel à l'amour démesuré, avancé comme seul
planche de salut. Dans ce qui s'énonce souvent au cours de premiers entretiens,
on entend quelque chose d'une impossibilité à instituer l'autre de l'autre sexe
comme Autre, qui du coup met en place un lien à l'autre du côté de la fusion au
même et un évitement de la différence sexuée. Là, on pourrait entendre cet
a-sexué dans son acceptation de a privatif.
Alors que cet Un de la fusion, de
l'union serait attendu du côté du phallique, du côté d'un amour qui supplée au
réel du non rapport, il semblerait que c'est justement pour certains de ces
patients, en tentant de se soustraire à la limite que le phallus institue,
qu'ils essaient de faire tenir une autre forme de Un du côté Autre. Une
recherche de ce « une par une », « un par un » mais qui
n'est pas semble-t-il sans conséquences sur leur inscription dans la vie.
Autant de tentative de s'y
soustraire, d'échapper à la fonction phallique, de se dérober aux conséquences
d'être parlant, de n'en rien vouloir savoir. A moins qu'à ne plus pouvoir
aujourd'hui, de par les avatars de notre modernité, prendre appui sur cette
fonction phallique, il faille tricoter avec l'Autre ... autrement.
A suivre Lacan pourtant, le
pas-tout ne s'oppose pas à la fonction phallique. Or cette clinique à laquelle nous avons à faire parfois,
peut laisser penser que c'est comme façon de rendre la fonction phallique
inopérante que le sujet tente de mettre en place, de faire fonctionner quelque
chose du côté Autre. Quelque chose qui tire du côté de l'amour comme ignorance du
désir, peut-être, mais aussi comme effacement de l'altérité, je ne sais pas si
on peut le dire comme ça mais visant un « tout Autre » qui du coup
prend des accents mystiques, au prix d'une déliquescence subjective. Jouissance
infinie nous dit Lacan, jouissance éprouvée dans le corps mais indicible.
Ainsi, si ce tableau de la
sexuation rend compte de la façon dont un parlêtre peut se situer au regard du
phallus, nous serions tentés de dire que pour certains il y a tentative de se
tenir à droite du tableau (mission
impossible nous dit Lacan), tentative de trouver une solution au non rapport
sexuel en se passant du phallus, en réfutant la jouissance phallique. En tout
cas si l'évitement de la castration est affaire de névrose depuis toujours, il
apparaît des façons nouvelles de réaliser cet évitement que la modernité
permet.
Là où la peur de rencontrer
la limite phallique maintient le sujet du côté Autre, sous le coup d'une
jouissance voulue sans limite, qui viendrait tenir la fonction phallique à
distance, il s'agit néanmoins d'un « je n'y arrive pas à tenir sous le
coup de la castration ».
C'est là un point important qui
signe la modernité de ce qui se présente. Au départ tout se passe comme si
cette façon de poser d'emblée la question de son être rendait difficilement
repérable ce qu'il en est de la structure. Il ne s'agit pas d'emblée d'une
plainte et d'une revendication lié à un dol, mais plutôt d'une errance du côté
de l'être.
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