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Modifications dans le livret des enseignements

Une erreur de date s'est glissée dans le livret des enseignements à Chambéry page  14  : Clinique des psychoses. La date de début est le mardi 11 octobre et non le mardi 8 novembre comme indiqué.

Pour le séminaire Orthophonie et psychanalyse d'Odile Fombonne, il s'agit du 5 mai 2012.

L'étude du séminaire RSI de Jacques LACAN avec Dominique JANIN-DUC, Jean BRINI et Jean-Luc CACCIALI débutera le 22 novembre 2011 à 21h au lieu du 25 octobre comme indiqué.

La journée Psychanalyse avec les enfants L'enfant et l'Inconscient avec Colette BRINI, Paule CACCIALI et Dominique JANIN-DUC aura finalement lieu le 12 mai 2012 comme indiqué sur le livret.

Information

La prochaine réunion de préparation du colloque : Quand la langue fait symptôme aura lieu dans la grande salle 6 cours Jean Jaurès le mercredi 11 janvier 20 heures 30

Les dates du groupe de Françoise Chéca Apprendre, enseigner, savoir, mission...difficile sont les suivantes : le 15 novembre, le 13 décembre, le 10 janvier, le 7 février, le 13 mars, le 10 avril, à déterminer en mai, et le 5 juin.

Le séminaire de Christian Rey Qu'est ce qui fait autorité pour l'enfant aujourd'hui ?  aura iieu à partir du 15 Décembre au 339 rue Costa de Beauregard à Chambery au CMP « Jean Bergès » ; lequel est situé dans ce que l'on appelle la « Fondation du Bocage » soit à 400 mètres du lycée Monge en se dirigeant vers le centre ville.

Le séminaire La question de la structure chez l'enfant ? (suite) de Paule Cacciali, Dominique Janin-Duc, Colette Robert-Brini aura lieu les mardis 17 et 31 janvier 2012.

Le groupe sur La névrose obsessionnelle, quelle actualité ? d'Annie Gebelin et Françoise Chéca aura le lieu le 7 février à la place du 14 février 2012.

Dossier préparatoire au séminaire d'été

Encore

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Par MASQUEREL I.   
juillet 2010

J'ai souhaité vous faire part des lectures et commentaires suscités pour moi par l'étude un peu attentive d'un passage de la leçon XI du 8 mai 1973, passage qui part du milieu de la page 190 et qui va jusqu'au milieu de la page suivante. Ce paragraphe commence par cette phrase :
« L' âme... (il faut lire Aristote, vous savez c'est une bonne lecture) , c'est évidemment à quoi aboutit la pensée du manche. »
Je dois dire que ce : c'est évidemment m'a demandé du travail. Je me suis trouvée confrontée à cette difficulté que Lacan souligne à plusieurs reprises dans le séminaire Encore, Aristote ne se comprend pas aisément en raison de la distance qui nous sépare de lui.
Alors, comment lire le Traité de l'âme ? Cela paraît si difficile voire intraduisible et de ce fait quasiment inaccessible pour qui ne lit pas le grec ancien ni ne dispose d'une solide formation philosophique. Je ne pense pas que l'on puisse aborder cette lecture seul, alors heureusement nous pouvons nous appuyer sur le travail formidable de PC Cathelineau ; c'est donc à partir de quelques repères empruntés à cette lecture que je vous propose mes commentaires sur ce paragraphe de la leçon XI, et ce, comme un travail préparatoire, introductif à une lecture plus approfondie du texte d'Aristote au regard de ce qui mobilise notre intérêt pour Encore.

Aristote est une référence philosophique majeure dans le travail de Lacan, mais pour autant, comment pouvons nous repérer en quoi cette pensée d'Aristote nous concerne encore aujourd'hui ?
La conférence de Lacan Le rêve d'Aristote donne en cela une indication précieuse du lien repérable avec la clinique, puisque, si on suit Lacan, dans tout patient il y a un élève d'Aristote.
C. Melman dans sa conférence De Anima affirme que notre présent continue à être organisé par la pensée aristotélicienne et que particulièrement le Traité de l'âme a sur notre culture une influence qui n'a jamais cessé et dont nous ne prenons pas forcément la mesure. Dans cette même conférence, C. Melman fait une petite remarque à propos d'un colloque de l'ALI sur la psychosomatique qui s'était tenu peu de temps auparavant pour dire que les collègues qui étaient intervenus dans ce colloque l'avaient fait beaucoup plus et  sans le savoir, à partir du traité d' Aristote sur l'âme qu'à partir des séminaires de Lacan.
C'est donc là une vraie difficulté, les patients se réfèrent sans le savoir à cette pensée d'Aristote et nous-même, même si nous sommes un peu avertis, sommes quand même plongés dans le savoir commun et il ne semble pas aisé d'éviter cette pente là.

Dans ce paragraphe de la leçon XI, Lacan  nous donne un commentaire précis et tout personnel de la pensée d'Aristote sur cette question de l'âme dans son rapport avec le corps et de ce que cela implique : l'âme c'est ce qu'on pense à propos du corps du côté du manche ; et cette pensée là, nous dit Lacan, cette pensée du manche élabore des pensées sur le corps. En contrepoint de la pensée d'Aristote sur la pensée de l'âme,  Lacan et c'est cela qui m'a particulièrement intéressée, évoque dans ce même paragraphe le sujet de l'inconscient, qui échappe à ce commandement, à cette domination du manche phallique au moins parce que comme sujet il est affecté. C'est un fait que ça pleurniche dès que corporellement, imaginairement ou symboliquement on lui marche sur le pied.
Il y a ainsi  à mon sens dans ce paragraphe de façon ramassée quelques points majeurs de ce que ce séminaire Encore nous permet de mettre au travail cliniquement, dans nos lectures, et sans doute au-delà, dans notre façon singulière de participer à notre société actuelle. L'un des apports original du séminaire Encore me paraît  être de nous donner des repères pour pouvoir prendre un peu la mesure de la façon dont la pensée d'Aristote nous formate à notre insu, et de ce fait nous concerne donc encore aujourd'hui, et peut-être plus qu'hier.

Pour arriver à ce passage de la leçon XI à savoir que « l'âme c'est ce à quoi aboutit la pensée du manche ; que l'âme c'est ce qu'on pense à propos du corps du côté du manche », Lacan dans les leçons précédentes du séminaire reprend plusieurs points essentiels de la pensée d'Aristote et de façon particulièrement notable la façon dont Aristote aborde la notion de plaisir.

Lacan le souligne à plusieurs reprises dans Encore, à la différence de la conception freudienne, l'atténuation d'une peine, d'une tension ne constitue pas à proprement parler l'essence du plaisir pour Aristote. « Nulle peine n'a besoin de précéder le fait que nous voyions pour que ce soit un plaisir », commente Lacan qui considère que pour Aristote le plaisir se réfère à la jouissance.
Le plaisir est pour Aristote une activité en soi, un épanouissement, un accomplissement et il accorde un intérêt tout particulier aux sensations, aux plaisirs des sens.
La jouissance pour Aristote trouve sa forme la plus achevée la plus aboutie dans l'activité même de la pensée, dans l'activité de connaissance en soi qui possède en elle-même sa propre fin et qui peut mener celui qui s'y adonne à une position autarcique. C'est la jouissance de la pensée qui est la forme la plus parfaite de jouissance.
Il y a là pour Lacan une certaine affinité entre cette jouissance accomplie de la pensée et une jouissance de la chair. La jouissance de la pensée telle que la conçoit Aristote n'est pas si éloignée qu'on pourrait le penser de la jouissance sexuelle, commente PC Cathelineau,  Aristote tourne autour d'un objet qui cause le désir humain  et permet la perception du monde sans jamais le nommer comme tel. Lacan crédite Aristote d'un savoir sexuel mais insu de lui.
La jouissance chez Aristote ne se conçoit pas au regard de la prise en compte du manque, mais au regard d'un idéal, avec cette jouissance suprême comme point de butée.
Il y a dans la pensée d'Aristote une aspiration à la perfection de l'être, perfection en quelque sorte incarnée par le Dieu aristotélicien, le moteur immobile dont Lacan nous dit dans la leçon VIII : « ...que tous les êtres moins êtres que celui là, ne peuvent avoir d'autre visée que d'être le plus être qu'ils peuvent être. » Pour Lacan l'aspiration à la perfection par l'accomplissement intellectuel de l'âme « ...est repérable de surgir des universaux... du Bien, du Beau, du Bon ». La pensée d'Aristote est toute orientée vers le Souverain Bien, qui peut donc s'exprimer sous ces différentes formes du Bien, du Vrai, du Beau, du Bon.
C'est là ajoute Lacan « Tout le fondement de l'idée du Bien dans cette éthique d'Aristote ».

Lacan montre dans cette même leçon VIII que c'est à la place de la jouissance de l'Autre, « ...de cet Autre, en tant que pourrait l'être, si elle existait La Femme [...] qu'est désigné cet être mythique - mythique manifestement chez Aristote - de l'Etre suprême, de la sphère immobile d'où procèdent tous les mouvements... » Ce que P.C. Cathelineau commente en disant qu'Aristote n'a pas saisi que seul un homme pouvait dire ce qu'il dit de ce Dieu immobile et le convoquer à cette place de l'Autre. La dimension Autre, la position féminine, ne sont pas reconnues par Aristote. A cette place là, il y a le Dieu immobile et le désir chez Aristote n'est pas sous tendu par un manque mais orienté, tendu vers cet objet mythique idéal, que Lacan nomme La femme, qui n'existe que  dans le désir masculin.

A lire les développements de PC Cathelineau, le monde aristotélicien apparaît comme un monde sans prise en compte de la dimension Autre, un monde où la jouissance phallique en quelque sorte positivée, est célébrée, magnifiée. La question de la différence des sexes, l'inéluctabilité de la dimension Autre et du Réel sont éludées, au profit d'une conception unilatérale du monde.

Pour Aristote la perfection de l'être est une visée, sans doute pas impossible, mais elle implique une éducation, l'application du principe de tempérance, ce que Lacan nomme dans Encore le juste milieu chez Aristote. L'être comme vous le savez est imparfait, déréglé dans l'enfance il doit apprendre à se discipliner, à respecter la droite règle et à parachever son éducation en éradiquant ce qu'il y a de bestial en lui. Pour Lacan ceci c'est l'ornière, l'ornière de l'hypothèse de la m'êtrise et vous vous souvenez peut-être qu'il cite avec quelque ironie dans cette occasion un vers de Corneille : « je suis m'être de moi comme de l'univers ».
L'hypothèse de la m'êtrise repose sur l'idée de la subordination de l'inférieur, à savoir le corps, au supérieur, l'âme. Pour Aristote c'est en effet l'âme qui commande le corps, l'âme utilise le corps comme un instrument, le corps se trouve commandé comme un esclave. Ce que rappelle Lacan dans Encore le corps chez Aristote  « est fait pour une activité, une ernergia et l'entéléchie de ce corps se supporte de celle de cette substance qu'il appelle l'âme. »
La pensée du manche nous dit Lacan élabore des pensées sur le corps, de ce corps qui doit donc se soumettre parfaitement aux commandements de l'âme. Cette formulation de Lacan : la pensée du manche illustre l'aspiration à la maîtrise et notamment à la maîtrise du corps par la pensée, à entendre comme la prévalence d'une pensée une, unifiée, conceptuelle. C'est une des façons de célébrer le culte du Un, du corps considéré comme unité : « le corps est pris pour ce qu'il se présente être : un corps fermé comme on dit ».
Le corps, c'est un signifiant pris dans cette pensée du manche comme un concept et la visée de cette pensée du manche au regard du corps est de parvenir à en dompter les appétits, les désirs incongrus, tout en maintenant cette illusion tenace d'un corps comme Un.  Et du coup, penser en dehors de ce cadre des concepts, du Un, du Tout, la prise en compte de la dimension Autre, du pas-tout, relève du défi, d'autant plus que la parole du sujet, ses plaintes sont autant de manifestations de cette puissance écornée de l'âme sur le corps ; un esclave est supposé se taire.  

En travaillant ces passages d'Encore relatifs à Aristote, aux commentaires que Lacan nous en livre, je me suis attachée à poursuivre mon questionnement relatif à l'articulation possible avec la clinique à laquelle nous avons affaire tous les jours. Ce que nous gardons sans doute de façon intuitive de cette pensée d'Aristote à partir du Traité de l'âme sans vraiment y penser, ni la questionner, c'est cette idée admise par tout un chacun, de la séparation entre  psyché et soma, même si bien sûr aujourd'hui nos contemporains parleront plus volontiers d'esprit, de cerveau, que d'âme. C'est notre clinique quotidienne banale d'entendre un patient partir de cette supposée séparation pour dire ce qui fait difficulté pour lui. Ce qui fait difficulté, c'est bien souvent le défaut au regard de cet idéal de maîtrise du corps. Comment en faire taire par exemple, les manifestations non désirées et incongrues de ce corps,  bruits  incontrôlés du corps, toux, gargouillements ?
Pour certains, cette aspiration à ce que « leur corps » réponde parfaitement à cette commande de l'esprit est poussée à l'extrême : « Ce qui ne va pas , me dit une jeune femme lors d'une première rencontre, c'est mon corps, ce qu'il m'empêche de faire, il me met des limites. Mon corps me lâche... » Elle se plaint d'une fatigue récurrente qui l'empêche « de tenir le rythme » elle qui ne supporte pas d'avoir de trou dans son emploi du temps.
Il n'est pas rare que ce signifiant «  fatigue » soit ainsi mis en avant comme plainte vis à vis d'un corps qui rechigne à se plier, à répondre parfaitement à ce que l'esprit exige. Fatigue vient du latin fatigare «  faire crever un animal » ce qui n'est pas sans évoquer l'idéal de tempérance aristotélicien de tuer la bête qui est en nous.
Cependant il semble que si un travail s'installe, si nous arrivons à provoquer le dire d'un patient, si nous réussissons donc à faire valoir peu à peu l'existence de la dimension Autre, à mettre au cœur de notre pratique la clinique du pas-tout, alors cette exigence de maîtrise va pouvoir s'estomper  et la prise en compte du manque permettra une autre façon de dire.  

La pensée du manche vise donc à prendre l'ascendant sur le sujet de l'inconscient, en quelque sorte réduit au silence.
Cependant, à lire avec attention les passages d'Encore où Lacan se réfère à Aristote il semble que pour Lacan, Aristote ne s'en tenait pas complètement à ce qu'il pouvait avancer dans son éthique du Bien ; en effet Lacan pose la question dans la leçon VI quand il reprend et commente la première phrase de l'Ethique à Nicomaque sur la définition du Bien. Pourquoi demande-t-il est-ce qu'Aristote se tracassait comme ça ?
Pour Lacan « il y a là quelque chose qui ne va pas, qui dérape dans ce qui manifestement est visé ».  Il y a une faute à une certaine jouissance - une faute au sens d'un défaut logique - au regard de la jouissance phallique. Une faute logique parce que si le désir est vectorisé par le phallique, pour autant, le sujet fait davantage l'expérience du manque que de la plénitude de l'être. La jouissance phallique c'est « la jouissance qu'y faut », avec cette équivoque entre les verbes faillir et falloir que Lacan convoque pour nous. La jouissance Autre, cette jouissance supplémentaire que Lacan nous apprend à repérer est celle qu'il ne faut pas dans ce monde aristotélicien.   

Dans la suite de ce paragraphe que je détaille, Lacan aborde la question du corps, pour nous dire que le corps ça devrait nous épater plus, que c'est bien ce corps et ses manifestations qui posaient problème à la science classique. Lacan évoque pour nous les miracles du corps, les larmes dans l'œil et les larmes à l'œil. « C'est un fait dit-il que ça pleurniche dès que corporellement, imaginairement ou symboliquement on vous marche sur le pied. On vous affecte on appelle ça. » Quel rapport y a t-il alors interroge Lacan, entre cette pleurnicherie et le fait  que pour parer à l'imprévu, à cette douleur éprouvée réellement, symboliquement ou imaginairement, « on se barre ? » Cette formule un peu triviale a pour intérêt de rejoindre très exactement celle du sujet barré. Et Lacan rappelle alors que « le sujet se barre en effet et plus souvent qu'à son tour. »
Dans la suite, Lacan évoque à nouveau Aristote à propos de sa conception du mouvement : Aristote ne distinguait pas le mouvement de l'alloiosis, c'est-à-dire de l'altération. Les indications données par P.C. Cathelineau nous permettent d'entendre pourquoi Lacan fait ici ce lien avec la notion d'altération chez Aristote. A partir de sa théorie de la sensation Aristote conçoit le mouvement, le changement et l'altération comme des termes proches. L'altération est considérée comme un mouvement selon la qualité, incluant la notion d'affect. P.C. Cathelineau nous fournit la traduction d'une phrase du De Anima : « la sensation consiste à être mu et à pâtir [...] on la regarde comme une sorte d'altération. »
Ceci permet d'entendre pourquoi Lacan nous dit que pour Aristote : « le changement et la motion dans l'espace c'était pour lui - mais il ne le savait pas - que le sujet se barre. Evidemment, il ne possédait pas les vraies catégories, mais quand même il sentait bien les chose. » Et c'est donc à partir de cette référence là à la théorie du changement que Lacan soutient que pour Aristote la question du sujet n'est pas complètement exclue, le sujet a un corps qui peut souffrir, qui donc échappe à la parfaite maîtrise de l'âme.

De même que la clinique, la lecture de romans nous procure souvent des indications précieuses sur la façon dont nos contemporains peuvent appréhender la réalité. Si pour certains nous pouvons supposer une représentation assez unitaire des choses, proche finalement d'une conception aristotélicienne du monde et qui laisse donc peu de place à la prise en compte de la dimension Autre, chez d'autres au contraire nous pouvons repérer des préoccupations, des intérêts qui ne paraissent pas éloignés des questions abordées par Lacan dans Encore.
C'est pourquoi je voulais aussi vous dire quelques mots à propos d'un roman publié en début d'année Les corps en silence par Valentine Goby.
C'est un texte qui prend un certain relief de le lire avec les apports du séminaire Encore. Valentine Goby a choisi de traiter la question de la fin du désir dans un couple. Elle s'intéresse à ce temps particulier où une femme fait le constat que le désir de l'homme dont elle partage la vie n'est plus là en ce qui la concerne. C'est donc la fin du lit de plein emploi, à deux.
Deux femmes Henriette et Claire qu'un siècle sépare font ce même constat. Pour chacune la fin du désir est une tragédie, et chacune à sa façon cherche un positionnement, au regard de ce constat, ni pour l'une ni pour l'autre la résignation, le refuge dans le confort de la poursuite de la vie conjugale comme si de rien n'était, ne sont envisagés. Valentine Goby nous donne là d'une façon précise dans la langue qu'elle utilise, des indications de la façon dont le sujet est affecté, selon les diverses modalités qu'envisage Lacan, corporellement, imaginairement ou symboliquement et comment le sujet est amené à se barrer. Henriette et Claire toutes deux affectées, ressentent cette douleur qui se manifeste corporellement par des pleurs, des nausées... elles sont amenées à « se barrer » physiquement parfois, telle Claire qui ne peut rentrer chez elle et roule sans but en voiture dans Paris.
Dans ses différents livres Valentine Goby poursuit le projet d'écrire à propos du corps féminin, de ses souffrances, de ses plaisirs, de sa spécificité qui porte à son sens une vision singulière du monde. Par son écriture précise, tout à la fois retenue et sensuelle elle s'essaye à décrire au plus près les éprouvés corporels de ses deux personnages féminins aux prises avec cette chute d'un désir masculin les concernant.
Dans son procédé d'écriture elle part le plus souvent de la perception du personnage, de sa vision d'un objet, d'un son entendu, d'une odeur sentie, ce qui convoque les associations du personnage. Elle s'appuie en cela me semble-t-il davantage sur une conception psychanalytique de l'objet - même si l'odeur, le regard sont les objets du fantasme qui « précèdent » la perception - que sur la théorie des sensations d'Aristote qui pense lui qu'il y a présentation de l'objet.  Le corps pour Valentine Goby n'est pas une unité, il est plutôt décomposable, et traversé par les signifiants. Sa tentative d'écrire à propos du corps féminin, de l'éprouvé de cette jouissance féminine qui ne peut pas se dire est une tentative intéressante, même si elle rate forcément. Mais V. Goby s'attache à approcher au plus près cet indicible, ce mutisme, ce qu'elle nomme donc les corps en silence.
La manière dont le livre est structuré nous permet d'entendre la grande proximité entre ces deux personnages féminins confrontées tout à la fois à un même réel, cette disparition du désir, mais ne vivant pas à la même époque. Ce procédé permet ainsi d'explorer les possibilités différentes dont disposent ces deux personnages féminins  au regard de la prise en compte de ce réel.
Le livre est construit d'une façon originale : le premier chapitre commence avec Claire et ne traite que de Claire. Il se termine par une phrase inachevée, qui reste en suspens, inachevée pour nous mais elle se continue ailleurs, dans la tête de Claire sans doute. Mais pour nous elle n'est plus au premier plan et le chapitre suivant, qui lui concerne exclusivement l'histoire d'Henriette, commence avec la fin d'une phrase, dont on n'a pas le début, mais dont le premier mot que l'on peut lire pourrait bien être le même que celui de la phrase inachevée du chapitre précédent. Pour le chapitre trois c'est l'inverse, on retrouve l'histoire de Claire et ainsi de suite. C'est un entrecroisement de deux trames signifiantes qui nous est donc proposé à la lecture. Et ce qui fait tenir cette construction c'est le repérage par le lecteur - si cela fonctionne pour lui -du fait que les deux femmes sont confrontées à un même réel qui représente en quelque sorte une troisième ligne qui permet à cette construction littéraire de fonctionner et qui n'est pas sans évoquer la structure du Nœud Borroméen. Construction littéraire qui permet d'entendre que c'est au fond une même voix qui court le long du livre, avec des accents variables, selon l'époque. V. Goby s'amuse à utiliser des signifiants similaires utilisés dans des occurrences de jouissance différentes pour Claire et pour Henriette, et à mettre en scène les deux femmes dans un même lieu, le quartier de la Défense - c'est joli - à cent ans d'écart.

Pour le personnage d'Henriette, V. Goby s'est inspirée de faits réels. Henriette est l'épouse de Joseph Caillaux, ministre des Finances de la Troisième République, compromis dans un scandale politico-financier.
Gaston Calmette, directeur du Figaro, orchestre la campagne diffamatoire et publie entre autres, la correspondance amoureuse du Ministre qui est un homme à femmes, et dont tout Paris commente les liaisons extra conjugales. Cela va durer des mois. Un jour de mars 1914, Henriette se rend au Figaro et tire à bout portant sur G. Calmette qui est tué sur le coup. Joseph Caillaux démissionne et se consacre à la défense de sa femme. Le procès sera rondement mené, Henriette Caillaux est acquittée en juillet 1914 pour crime passionnel. Son défenseur va en effet plaider le fait que son acte n'était pas un acte prémédité, mûrement réfléchi, mais le résultat d'un réflexe féminin incontrôlé.
Crime passionnel écrit V. Goby. « De cette passion Joseph ne pourra se défaire. Elle a ému la France entière. La France vote. Henriette le tient dans un amour forcé. Jusqu'à la mort. »
V. Goby, imagine, décortique précisément ce qui se passe dans la tête d'Henriette, délaissée depuis des mois par son mari, qui fut d'abord son amant alors même qu'elle était encore mariée avec un autre homme qu'elle quittera pour Joseph. C'est avec Joseph qu'Henriette découvre le plaisir charnel, et V. Goby nous offre à cette occasion de très belles pages sur les éprouvés corporels d'Henriette. Henriette ne se résout pas à se trouver aujourd'hui délaissée. Les armes féminines d'Henriette, toilettes, chapeaux, lingerie vont rester sans effet, de même que les crises de larmes, le salon dévasté, le fracas des bibelots précieusement acquis lors des escapades amoureuses passées.
Henriette, cherche  un message qui atteigne Joseph mais en vain.
Alors elle cesse peu à peu de s'alimenter, se couche de longues heures, ou marche de longues heures sans but dans Paris.
« L'horizontalité gagne l'existence d'Henriette, elle est maintenant couchée même quand elle marche, quand elle dîne, quand elle entre dans les boutiques... verticale au dehors, effondrée au-dedans. »
C'est ainsi que V. Goby évoque les multiples souffrances d'Henriette, dont elle cherche à se soustraire, à se protéger, à se barrer comme le souligne le passage de la leçon XI d'Encore, par les pleurs, les longs moments passés sur son lit, les heures d'errance sans but dans la ville .
Henriette qui ne s'intéresse pas aux méandres du scandale politique dans lequel son mari se trouve impliqué, sollicite cependant l'aide d'un juge pour faire cesser la publication des lettres d'amour écrites à d'autres par Joseph. Mais le juge ne peut rien. Henriette se rend au ministère pour en informer Joseph, qui promet de « casser la gueule » à G. Calmette. Mais Henriette finalement n'y croit pas, car tout se joue dans un petit frémissement, une manifestation corporelle apparemment anodine : « ...ça aurait peut-être pu suffire à Henriette qu'il redevienne un homme pour elle, qu'elle redevienne sa femme [...]. Mais il y a ces lèvres qui tremblent. Presque rien. Un frémissement sur la bouche de Joseph qui n'est pas de la colère ; qui est de la peur. Peur de Calmette [...]. Il ne touchera pas Calmette. Elle en est sûre. Elle ne dira rien. Elle rentrera chez elle. »
 Henriette en vient à l'idée de se tuer puisqu'elle aime Joseph à se tuer. « Il faut mourir pour préserver l'amour. » Elle est toute prise par ce projet. « Elle veut se tuer, avant le pourrissement. », écrit V. Goby
Je vous laisse découvrir la suite de l'histoire d'Henriette et ce qui la conduit en définitive à retourner son arme contre G. Calmette, ce passage à l'acte étant aussi une modalité possible pour le sujet de se barrer.  Je conclurai en vous disant juste quelques mots de Claire, dont V. Goby invente la destinée, cherchant en cela d'autres modalités de réponse que la réponse hystérique à ce qui vient affecter son deuxième personnage féminin. Claire est une jeune femme d'aujourd'hui qui a laissé l'ennui, le quotidien détruire lentement et sans bruit sa relation avec Alex. Le désir entre eux s'est éteint et Claire provoque la confrontation avec Alex qui n'a rien vu venir, accaparé par son travail à responsabilités dans les bureaux de la Défense. Au retour de vacances d'été Claire accompagnée de sa petite fille, ne peut se résoudre à regagner le domicile conjugal, elle entraîne sa fille dans une sorte de road trip dans Paris. Cette journée d'errance, de vacance, permettra à Claire de commencer de prendre la mesure de ce qui arrive et de la part qui lui revient dans la fin probable de son histoire avec Alex.

 

A noter

Qu'est-ce que ça serait pour vous une fin d'analyse ?

Étude du texte de Freud, Analyse finie ou infinie et du texte de Lacan, La Troisième

Organisateur(s) : Association Lacanienne Internationale

Responsables : Charles Melman, Anne Joos De Ter Beerst, Janja Jerkov

Du samedi 28 janvier 2012 au dimanche 29 janvier 2012

Lieu de déroulement : Paris Espace Reuilly, 21 rue Hénard - 75012

La condition humaine n'est pas sans conditions

Rencontre-débat avec Jean Pierre LEBRUN

Le samedi 18 février 2012 à 9h

Lieu : à  l'Université du Temps disponible de Sainte Tulle - Manosque (04) - salle theatre Flachere.

Contact : Claude Rivet 04 92 73 33 56

Quand la langue fait symptôme

Organisateurs : Association Lacanienne Internationale, ALI - Rhône-Alpes

Responsable : Odile Fombonne

Du samedi 24 mars 2012 au dimanche 25 mars 2012 de 9h30 à 12h30 et de 14h30 à 17h30

Lieu de déroulement : Grenoble Auditorium du Musée de Grenoble , 5 Place Lavalette

 

 
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