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C'est dans la perspective clinique
souhaitée par Monsieur Melman et les organisateurs du séminaire d'été, et
notamment à partir de la question du pas-tout
que je présente quelques réflexions à propos du behaviourisme tel que Lacan en
parle dans la leçon XI.
Il s'agit en effet d'un
positionnement de la pensée qui méconnaît la dimension du savoir tel qu'on en
parle en psychanalyse, c'est-à-dire tel qu'il est articulé à la parole et à la
jouissance. C'est dans ce savoir que consiste la découverte freudienne :
« L'inconscient ce n'est pas
que l'être pense, [...] c'est que l'être en parlant jouisse. Et, j'ajoute, ne
veuille rien en savoir de plus, c'est-à-dire ne rien en savoir du tout.
[...] l'homme sait déjà tout ce qu'il
y a à savoir. Ce savoir est limité à cette jouissance insuffisante du fait
qu'il parle. » Le savoir consiste en ce que, du fait qu'il parle, sa
jouissance est limitée. Il n'y a que ça à savoir.
Comment se situe le behaviourisme
face à ce savoir de la psychanalyse ?
Il est la conséquence directe,
l'application pourrait-on dire, de la philosophie classique, aristotélicienne.
Il en est une application de la même manière que la physique est issue de cette
philosophie, jusqu'à un certain point, jusqu'à un certain moment.
Cette application pourrait se formuler
ainsi : que l'être pense est équivalent à l'acte de penser et à la pensée.
Ce qui est postulé ce sont des relations d'équivalence et d'implication entre
les trois, l'être, le penser, la pensée, avec comme conséquence que la cause
finale est sa propre fin, c'est-à-dire que le résultat final doit être adéquat
- et c'est sa finalité - à ce qui a été pensé au départ, et c'est ce qui
justifie et fonde l'être et les moyens pour y parvenir.
C'est sur ces positions que se
fondent le behaviourisme, et ce qui en découle le comportementalisme et le
cognitivisme : la conduite pourrait être observée de telle sorte qu'elle
s'éclaire par sa fin, par son résultat. C'est sur cela qu'on a espéré fonder
les sciences humaines : envelopper tout comportement, n'y étant supposé
l'intention d'aucun sujet, d'une finalité telle que ce comportement a, doit
avoir sa propre régulation dans le système nerveux et dans l'équipement
génétique en dehors de tout sujet. La cause finale étant ici le fait de vivre,
plus justement d'ailleurs de survivre à sa propre fin.
« Atermoyer la mort et dominer
son rival, avec l'éthique qui s'en déduit » nous dit Lacan.
Nous pouvons évoquer ici la
définition de la pulsion où Lacan dit que le vivant n'y est pas
intéressé : ce n'est pas parce qu'il y a de la vie qu'il y a du désir et
du pulsionnel. Ce serait méconnaître la force de la pulsion de mort incluse
dans la jouissance.
Dans ce dispositif de pensée,
quelle peut bien être la place pour un sujet tel qu'en parle la
psychanalyse ? Quelle peut bien être la fonction de la parole, comment se
définit le champ du langage ?
Avec l'inconscient, c'est tout
autre chose : il y a l'introduction de la jouissance obtenue, vécue qui
diffère de celle qui est attendue, la jouissance pensée, prévue et injonctive. Le
« c'est pas ça » qui en résulte n'est pas réductible à une meilleure
régulation, à une meilleure adaptation. C'est un « c'est pas ça »
réel. En outre le « c'est pas ça » est la différence entre la
jouissance pensée et la jouissance de la pensée qui a besoin du langage pour se
dire, ou plus exactement qui se manifeste dans le langage : quand il - le
sujet - pense secret, il a des sécrétions, quand il pense concret il a des
concrétions, et quand il pense informations il a des hormones. C'est ce qui fait
dire à Lacan dans cette leçon que l'âme c'est ce qu'on pense à propos du corps.
Enfin, pourrait-on dire à
propos du behaviourisme : qu'on pense ne reste pas oublié derrière ce qui
se pense dans ce qui s'en produit, en s'appuyant sur le dire de Lacan :
« qu'on dise reste trop souvent oublié derrière ce qui se dit dans ce qui
s'entend. » L'acte d'énonciation n'a pas cours du fait de l'équivalence
entre pensée et penser, si ce n'est dans le registre du défaut, de la faute, de
l'erreur.
Cependant, même si l'homme pense
dans cette équivalence aristotélicienne, il a besoin du langage pour en rendre
compte, et alors la pensée est dominée par l'inertie du langage, par sa
structure, par son système formel ordonné et agité par le phallus,
contrairement à ce que peut en penser l'homme des TCC.
C'est la même différence que ce qui
est abordé plus loin dans cette leçon : « je te demande de refuser ce
que je t'offre parce que ce n'est pas ça ».
« C'est pas ça » :
c'est le cri par où se distingue la jouissance obtenue de celle attendue. C'est
cet écart que méconnaît systématiquement (au sens de système de pensée) le
behaviourisme en le prenant pour un défaut auquel il doit être possible de
remédier scientifiquement. C'est encore la visée de remédier à l'inexistence du
rapport sexuel en tant qu'il serait pensé.
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